Mercredi 20 janvier 2010
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Bon, il y en a assez de vous raconter ma vie, même moi je m'y perds. Non, ce qu'il faut que je vous raconte aujourd'hui est un film et la salle de cinéma qui l'accueillait. J'ai ainsi eu l'occasion
d'observer un petit bout de société que je ne dirais pas "autrichienne' puisque cela doit se faire ailleurs, mais tout de même nouvelle pour moi.
Après moultes réflexions, paroles de motivation personnelle et reports, je suis donc allée voir "Lourdes" de Jessica Hausner. J'anticipe questions éberluées et autres exclamations étonnées - j'y ai
déjà eu droit, ainsi que des paroles d'encouragement quand je mentionnais que je dois le voir: je n'ai aucune reconversion mystique ou crise d'ennui et de désarroi profond, je devais simplement
voir ce film pour l'un de mes cours et anticipais quelque peu l'heure et demi que ça allait être.
Eh bien savez vous: c'est très très bien. Il faut dire que la société autrichienne était sur les dents pour ce film qui avait été encensé, affiché, annoncé - c'est pourquoi la salle était
pleine.
C'est là que mon anecdote / observation intervient: lorsque l'on va au cinéma en Autriche, du moins à Vienne, on reçoit une place, comme au théâtre. Pratique vous me direz. Mais tout aussi
institutionalisé qu'à l'Opéra. Je veux dire par là que d'habitude, au cinéma, je ne m'attends pas à tant de formalisme, c'est plutôt un lieu de détente, une jungle du siège et si t'as pas celui que
tu veux tu vas voir ailleurs. Ici au contraire c'est très important, à la place près, si bien que deux amies entre elles ont tenu à avoir exactement leur numéro, pas celui de l'autre. Bon, un cas
particulier me direz vous, mais en fait déjà observé ailleurs (j'avoue, quand je suis allée voir Twilight et son beau héros - bah quoi).
C'est tout de même intéressant non, que dans un lieu tel que le cinéma, les choses varient autant: regarder un film est culturel. Aux Pays-Bas il y a toujours une coupure au milieu du film, une
pause, ce qui a valu au maître de conférence de mon tout premier amphi à Maastricht d'annoncer que "malheureusement pour les Néerlandais parmis nous, il n'y aura pas de pause comme au cinéma". Même
les pratiques culinaires (si, le pop-corn est culinaire), varient. Sondage: préférez-vous le Pop-corn salé ou sucré? Essayez de demander du pop-corn sucré à Vienne, on vous regardera comme si vous
demandiez en France du vin blanc mêlé d'eau gazeuse (boisson très appréciée ici, "Spritzer", je commence à m'y faire et renie quelque peu mes principes oenologiques et familiaux).
Quand au film, je l'ai vu dans le contexte de mon cours, Film et Religion, cours qui m'a amené à voir Antichrist (n'y allez pas seul et allez boire un verre après), The Patriot (Mel Gibson tue les
méchants et sauve la morale, la religion et les États-Unis, rien que ça), Die Päpstin (très très chiant, il faut le dire, mais je n'ai pas dormi à ma grande fierté), Jeanne d'Arc de Luc Besson,
Samaria de Kim Ki-Duk, Métropolis (très bien ça) ou encore Soddom et Gomorrha (je n'en peux plus des films muets) - entre autres.
"Lourdes" a été entièrement filmé dans la ville du même nom, chose assez rare, et raconte l'histoire d'un petit groupe de malades et membres de l'ordre Maltais qui réalisent un séjour d'une semaine
pour "sauver leurs âmes", prier Marie et simplement être ensemble et entourés. La réalisation est très simple mais Sylvie Testud étonnante, très forte (elle joue une jeune femme atteinte de la
sclérose en plaque, pas particulièrement croyante mais qui veut essayer).
Surtout, le film montre Lourdes, son rythme, sa vie, ce côté assez glauque de maladie omni-présente, envahissante, de croyance institutionalisée, ritualisée (attribution du prix du meilleur pélerin
etc) et de contacts sociaux imbibés de comparaisons, de jalousie, de soutien et de solidarité. C'est d'une certaine façon trop humain puisqu'on touche à la faiblesse, au dévoilement, à la croyance,
la confiance, à tous ces sentiments mis de côtés par les apparences, la fierté, la vie sociale. C'est un peu la même chose dans Antichrist finalement, c'est très fort parce que très brut, on se
retrouve face aux peurs, douleurs, émotions des personnages, on touche à des choses que beaucoup d'entre nous souhaitent oublier la plupart du temps.
Pour autant, n'allez pas forcément voir Antichrist car Lars von Trier y va fort. On me dira qu'il est bon de choquer, je pense pour ma part qu'on peut mettre les formes et parler différemment du
psychique. Le film questionne, remue, mais finalement n'apporte rien, et c'est bien dommage: j'ai mis 3 jours à m'en remettre pour n'avoir rien appris à part qu'il ne faut pas trop se poser de
questions et imaginer tous les possibles, sinon on devient dingue.
Il me faut maintenant retourner à mes révisions, j'ai réalisé cette nuit que vendredi, c'est après-demain et que je n'ai rien fait pour mon examen. Hem. Abonnée à la bibliothèque depuis une
semaine, je m'y rue avec les autres étudiants chaque matin, sachant que 20 minutes après l'ouverture, c'est déjà plein - on tire une grande fierté à avoir eu une place, c'est assez marrant comme
sensation, genre "challenge et réussite du jour".
Bonne journée!